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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 15:58

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           En sortant de The Descendants, dernier nouveau-né d'Alexandre Payne déjà favori pour les oscars, je me suis surpris à vérifier si le film était bel et bien indépendant. Comme un symbole. Vingt ans après, il semble que le gros poisson que fut la révolution indie des années 90 commence à percevoir le bout de sa queue. La question est de savoir s'il finira par la mordre. Etaient de la partie des cinéastes comme Tarantino, Jarmusch, Soderbergh, Paul Thomas Anderson pour ne citer que les meilleurs – avec comme rampe de lancement la création du festival de Sundance par Robert Redford récompensant les meilleurs films américains indépendants. Ils avaient cette idée, héritée du Nouvelle Hollywood des années 70, de réaliser des films sans passer par la case studio et sans toucher les vingt mille francs. Certaines perles rares subsistent (le très beau Winter Bones sorti l'année dernière) mais globalement le cinéma indépendant américain semble être tombé dans ce qu'il a au départ essayé de combattre, c'est à dire les codes préétablis, et l'absence de cinéma réellement singulier et personnel. Je pense comprendre ce que ressentait Truffaut envers le cinéma français des années 50, dont je reprends l’expression.

 

     The Descendants est l’emblème de ce syndrome des films indépendants qui se revendiquent comme originaux, pour au final présenter un cadavre totalement préconçu. Pourtant le film avait des choses pour plaire. Le sujet difficile (la femme de Clooney est entre la vie et la mort) laisse place à une intrigue teintée de cynisme (le beau George part à la recherche de l'homme qui le faisait cocu) plutôt bien écrite. On aurait pu penser à Altman et sa revisite de la jolie vitrine américaine qui cache tant bien que mal ses vieilles casseroles. Malheureusement on redescend vite sur terre après s'être rendu compte que le film penchait beaucoup plus vers l'éternel discours de la deuxième chance où le père va chercher à renouer les liens familiaux avec ses deux filles. Le plan final est d'ailleurs un cliché absolument parfait de ce que le cinéma américain a de plus conventionnel aujourd'hui : un père sur son canapé, rapidement rejoint par ses deux filles. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Une hérésie quand on pense aux chefs d'œuvres de subversion que nous ont offert certains films indépendants. Payne enrobe sa rose là où il eut fallu laisser les épines. Il joue du cynisme par à-coup là où il eut fallu en faire son principal fil conducteur (il n'y a aujourd'hui que les frères Coen qui peuvent tenir le cynisme du début jusqu'à la fin d’un film). Le cinéaste passe malheureusement par tous les passages obligés du genre, et qui plus est très mal, avec un jeu sur l’émotion très premier degré dont on se serait bien passé. Et la mise en scène se révèle être à l’image de l’ambivalence du film. Toujours hésitante, entre un désir de singularité et un académisme nauséabond. Au final la bouillie ne prend pas. Mais il parait que les oscars aiment ce genre de potage.

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Published by Clément Libiot
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