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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 20:54

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            Nous sommes en 1885. Le cinéma n’existe pas encore. Une belle époque de merde quoi. Il parait que les gens lisaient même des livres. Des livres, vous savez ? Non ? Bref. Une jeune fille répondant au charmant nom d’Augustine est atteinte d’hystérie. Le professeur Charcot, considéré comme un précurseur de la psychanalyse freudienne, tente de la soigner par l’hypnose. De ces expériences va naitre une relation ambiguë entre les deux individus, où le désir ne manquera pas de caresser les âmes, et la caméra d’Alice Winocour les corps.

 

            Charcot est un homme sérieux. Qui ne laisse transpirer aucune goutte de sueur sous sa chemise couleur froide ; il touche le corps de ses patientes comme l’on épluche des pommes de terre, et ne relève pas les regards languissants de mademoiselle Augustine, son sujet d’étude. Derrière un jargon clinique à peine compréhensible pour ceux qui n’auraient jamais mis les pieds en fac de psycho, on découvre Vincent Lindon. Choix de casting judicieux, tant on connait les capacités du comédien à pouvoir mastiquer son texte dans une barbe de trois jours à peine dissimulée. Pas de panique, le sonotone devrait bientôt être remboursé par la sécurité sociale. Augustine, elle, est interprétée par Soko, qui dans la catégorie hystérique bat à plat de couture Keira Knightley. Pas très difficile en même temps.

           

            On se retrouve alors avec l’histoire d’une rencontre entre un homme asexué qui à force de prêchi prêcha théorique en oublie qu’il en a entre les jambes, et une jeune femme qui cache son désir derrière des crises d’hystérie qui déforment son corps. Ils trouveront chacun dans l’autre une façon d’assouvir leurs pulsions. L’enjeu est donc de taille : raconter l’histoire de la rencontre entre le corps et l’esprit. Le résultat n’est malheureusement pas à la hauteur. Le scénario se veut d’avantage descriptif qu’explicatif. Si bien que le spectateur se retrouve trop souvent dans l’ombre, là où le récit aurait dû mettre l’accent sur des péripéties plus lisibles. Comme souvent dans les films relatant de faits réels, l’Histoire prend le pas sur l’histoire. L’inverse eut surement été plus judicieux. Un mauvais coup de hache et l’affaire tourne au vinaigre. Les enjeux dramatiques se concentrent en fait rapidement sur la relation Charcot/Augustine – délaissant au second plan l’intérêt historique et philosophique. La mise en scène d’Alice Winocour filme les corps des deux acteurs comme des aimants, qui tantôt s’attirent, tantôt se repoussent, et offre même de très belles scènes au parfum doucement érotique. En fait, Augustine souffre de la comparaison trop grande avec un film sorti l’année dernière, à peu près à la même période : Shame, de Steve McQueen. Là où le film du cinéaste anglais cristallisait la névrose de son personnage par le prisme d’une mise en scène halluciné, Augustine fait d’avantage dans le « pas assez » que le « un peu trop ». De plus, Shame possédait le mérite de replacer dans le monde moderne un sujet qui, à travers le point de vue historique du film d’époque, semble avoir pris un petit coup de vieux. Façon cheveux poivre et sel, et rides en patte de canard. Finalement, Augustine est un film à l’allure un peu faiblarde, mal assaisonnée, et au traitement gentiment ennuyeux, qui, de peur de ne pas tenir tête à son sujet, finit par divaguer vers un récit romantique dosé en narcotiques qui aurait gagné à être plus physique et rentre dedans. Est-ce là le symptôme d’une névrose du cinéma français monsieur Charcot ?

 

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Published by Clément Libiot
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