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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 03:12

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          S’il est une chose qu’on ne peut retirer à François Ozon, c’est l’originalité de ses histoires. Sa filmographie ressemble à un arc-en-ciel couleur pastel et parfum bonbon acidulé. On y rencontre tour à tour un rat terroriste, une plage démoniaque, une piscine en forme de nuage, et un chérubin avec des ailes. Autant de sujets insolites qui ne font cependant pas oublier un cinéma franchement franchouillard qui pense souvent plus qu’il n’agit. Le bonhomme possède toutefois du talent à revendre, il serait effectivement injuste de laisser sous silence les deux excellents films qu’il a réalisés : Sous le sable en 2000, et à un degré moindre Huit Femmes en 2001. Trop peu pour prétendre s’installer dans le cortège de tête du cinéma français, qui aurait pourtant bien besoin de ce genre de cinéaste iconoclaste.

 

          Une fois n’est pas coutume, le pitch de Dans la maison intrigue. Si bien que malgré mon scepticisme vis-à-vis du nom du réalisateur sur l’affiche (et aussi de celui d'Emmanuelle Seigner, l’actrice la plus abominable de l’histoire du cinéma français), je décide de me rendre dans la salle obscure la plus proche de chez moi. Un dimanche soir.

 

          Dans la maison, c’est l’histoire d’une relation ambigüe qu’entretiennent un professeur de français (un rôle qui a sans doute été écrit pour, et d’ailleurs peut être par, Lucchini) et son élève de seconde. Germain, l’enseignant trouve chez Claude, l’enseigné, un talent indéniable pour l’écriture, si bien que ce dernier va lui transmettre régulièrement des chapitres d’une histoire qu’il écrit. Le hic c’est que cette histoire n’est pas tout à fait une fiction, mais pas tout à fait la réalité non plus. Le nœud de l’intrigue se resserre autour de cette question du vrai et du faux, du rapport qu’entretient l’art avec le réel et inversement. On y décèlera aussi volontiers, avec un zeste de dandysme cinéphile, une métaphore du cinéma comme objet de voyeurisme. Dans la maison fait d’ailleurs plusieurs fois référence à Hitchcock, qui n’était pas le dernier des pervers. Lors d’une séance de cinéma à laquelle assistent Germain et sa femme, Ozon nous gratifie même d’un travelling absolument injustifié sur la cabine de projection. Alors qu’on ne me dise pas que je sur analyse.

 

          Ozon possède un univers. C’est indéniable. Un truc un peu pop’art, très léché, avec un soupçon de cynisme. D’ironie aussi, parfois. Quand il est dans son meilleur jour, on pense même aux marylins d’Andy Warhol. Et le début du film se situe dans cette veine. Les trente premières minutes sont absolument formidables, nous tenant en haleine grâce à une écriture d’une précision chirurgicale dans la gradation des péripéties, et dans l’installation d’une atmosphère de mystère et de malaise. Le trait d’humour est d’une finesse contagieuse, entre sarcasme et moquerie de la classe moyenne néo-bourgeoise.

 

          Puis d’un coup, le film s’écroule. Comme ça, sans crier gare. On passe d’une tension de tous les instants, à un florilège de situations dignes d’un téléfilm du dimanche soir. J'aurai presque mieux fait de rester chez moi tiens. On a le sentiment qu’Ozon n’a pas cru à la puissance de son film. Au lieu de continuer sa marche en avant, le film s’arrête, revient sur ses pas, fait le tour de la maison, danse à cloche pied. Ozon semble alors privilégier le registre de l’absurde sans avoir l’once d’un talent lynchien. On le préférait dans celui de la fable funambule, du conte malicieux, du songe coloré.

 

          Désormais  totalement flous, les enjeux dramatiques peinent à rebondir. Ozon a sans doute trop cherché à maitriser son sujet, autant dans le fond que dans la forme, et s’est retenu pour finalement aller flirter vers le prêchi prêcha intellectuello-bobo. A vouloir à tout prix viser l’excellence, l’élève Ozon a encore une fois été trop sage. La prochaine fois, essayez de rajouter un petit peu de Vodka dans votre San Pellegrino. Ça ne pourra que vous faire du bien, à vous, et à mes dimanches soirs.

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Published by Clément Libiot
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Anouk 23/10/2012 16:20

Du coup, je vais le voir ou ça vaut vraiment pas le coup ?

Clément Libiot 23/10/2012 17:30



Vas le voir, on pourra en discuter.