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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 19:51

Black Swan, réalisé par Darren Aronofsky

http://www.silence-action.com/wp-content/uploads/2010/12/black-swan-2.jpgOn dit d'un réalisateur qu'il refait toujours le même film. Une nouvelle génération de cinéaste tend à prouver le contraire : on les appelle entre autres David Fincher, Steven Soderbergh ou encore Darren Aronofsky. Chez eux, la mise en scène s'adapte au sujet, et non l'inverse. Après avoir utilisé un imaginaire publicitaire et clipesque pour montrer la décadence liée à la drogue (Requiem for a dream) puis porté sa caméra à l'épaule style Dardenne (The Wrestler), Aronosfky lorgne cette fois avec Black Swan du côté de Cronenberg et l'une des thématiques chères au cinéaste canadien : le corps comme reflet de l'esprit et l'esprit comme reflet du corps. 
On comprend rapidement les enjeux du film et le désir de transposer le célèbre ballet du Lac des cygnes. Nina, danseuse étoile, est contrainte d'affronter la part sombre d'elle même afin d'accéder au rayonnement et à l'amour. A la fin du film elle accepte cette part d'ombre et parvient alors à devenir femme, montrant le besoin de dualité chez l'homme.
Si Black Swan peut paraitre "a fortiori" redondant et dénué de toutes subtilités, ce n'est pas dans sa démarche analytique qu'il faut l'appréhender, mais dans l'imaginaire du conte. Car Aronofsky marie extrêmement bien l'ultra symbolisme du film (parfois exagéré il est vrai) et la viscéralité de sa mise en scène. Black Swan peut être donc presque vu comme un exercice de style, une façon (à l'instar de Requiem for a dream) de créer un film totalement subjectif, à la première personne. Il semble que l'on ne peut aimer le film en ne rentrant pas totalement dans le jeu dicté par le réalisateur, en restant à distance. 
Version Aronofskyenne de La Mouche, Black Swan est une expérience qui prend aux tripes, certes pas dénuée de tout défaut, mais suffisamment brillante pour plaire un adepte du "cinéma sensoriel" où la mise en image prend la pas sur une réflexion, ici assez poussive.

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Published by clement58
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commentaires

bernard petit 25/03/2011 01:51


J'ai deux réserves sur tes commentaires: le rapprochement avec le cinéma de Cronenberg, et l'appréciation du film Black Swan d 'Aronofsky.
1) Le thème le plus constant chez Cronenberg n'est pas tant les reflets croisées de l'âme et du corps que la question des identités multiples ou composites des hommes, où s'affrontent le réel et
l'imaginaire (Vidéodrome,Existenz),l'homme et l'animal(la Mouche), le rêve et la technique,l'homme et la machine(Vidéodrome,la Mouche,Existenz, Crash), le passé et le présent(Existenz,Une Histoire
de Violence).
2) La force de Black Swan tient évidemment à son ambiguïté maintenue: le spectateur est invité à s'identifier à un personnage dont l'identité est problématique, compromise à la fois par son
aliénation sociofamiliale (mère abusive, symbiotique et surprotectrice, père absent)et sa passion pour la danse classique, fortement investie d'une dimension sacrificielle (figure idôlâtre du
chorégraphe génial mais despotique, charismatique mais manipulateur, à la fois libérateur de la vitalité de l'enfance réprimée,et sacrificateur de son innocence). En ce sens, je ne crois pas qu'on
puisse dire que le symbolisme du film soit pesant: je le trouve au contraire plutôt sobre , économe dans ses moyens et varié dans ses emplois.Quoique certaines scènes ne me semblent pas "tout
public", la violence physique et morale est plus suggérée que spectaculairement étalée (scènes de drogues, de sexe, de lesbianisme, d'automutilation). Black Swan est le conte fantastique d'une
initiation cruelle au sublime,d'une métamorphose à la fois morbide et mystique, effectuée par une expérience radicale de l'art: la danseuse devient le personnage qu'elle veut interpréter et y
sacrifie sa personne civile.Du point de vue de la société, c'est une tragédie regrettable;mais ce n'est qu'un point de vue extérieur, objectif et détaché de l'investissement artistique réel, qui
exige le corps et l'âme du sujet. Du point de vue de Nina, au fond peut-être le seul du film (l'imaginaire fantasmatique de Nina), c'est une histoire de salut et de délivrance par la grâce de la
danse, au double sens artistique et religieux.