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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 14:28

http://www.francetv.fr/culturebox/sites/culturebox/files/styles/image_article/public/images/photos/2012/11/capital_1.jpg

 

 

            Nous sommes en 1987 et Oliver Stone est soucieux. Le système financier américain prend de plus en plus d’ampleur, et la bourse et ses actionnaires ramassent des sommes folles. Doté d’un regard acéré et avisé sur le monde, et aussi d’un certain sens de la réactivité, le cinéaste décide de réaliser un film sur un jeune trader qui gravit pas à pas les marches de l’escalier de la gloire. Avec Wall Street, un genre nouveau voit le jour. Ou plutôt un sous-genre. Qui prend sa source dans le film noir, et ses personnages marginaux, habités par le vice, avides d’argent et de pouvoir. Comme un thermomètre chargé de prendre la température morale d’une société. Ajoutez-y les figures mythologiques du film de gangster (les mitraillettes sont remplacées par les bilans comptables), et le charabia en forme de papier cadeau tout droit tiré du film d’espionnage. Un pied chez Scorsese, l’autre chez le Carré, le film « boursier » est né.

 

            Le Capital raconte l’histoire d’un jeune économiste ambitieux, qui se retrouve presque par hasard à la tête d’une grande banque internationale. De son nouveau poste de président va naitre la tentation de l’argent facile, du pouvoir, et des femmes.

 

            Costa-Gavras est un cinéaste engagé. Proche du peuple, du monde d’en bas, de l’homme face au système. De l’homme face au grain de sable qui fait dérailler la machine. Ses films convoquent Kafka, et questionnent la liberté d’agir dans une société qui désire tout contrôler. Dit comme ça, on ne s’étonnera guère de voir le metteur en scène plonger tête la première dans cette histoire de banquiers mafieux, de fonds spéculatifs et de plan social. D’ordinaire, Costa-Gavras est lucide, la tête bien froide sur les épaules, mêlant et démêlant avec intelligence le cynisme et l’absurde. D’ordinaire… Car, n’y allons pas par quatre chemins de peur de se perdre en cours de route : Le Capital est un ratage total. Façon triple Z. Un film de novice, de dernier de la classe. A peine croyable quand on connait le talent immense de Costa-Gavras. On a beau lire et relire le nom sur l’affiche, il s’agit bien du réalisateur de L’aveu et du Couperet. Mais que s’est-il donc passé ?

 

            D’abord, Gavras se situe plus haut que d’habitude, au cœur même du système. Plus habitué à filmer les conséquences que les causes, le metteur en scène fait ici l’inverse et en est réduit à réaliser un vulgaire pamphlet sur les méfaits du capitalisme absolument sans saveur, sans idée. Costa-Gavras ne se joue jamais des archétypes ; pire, il les ramasse à la pelleteuse, là où il les trouve, et les balance, çà et là, n’importe où, n’importe comment, et de façon totalement arbitraire, sans une once de réflexion. Tout sonne faux. Invraisemblable. Gad Elmaleh ressemble à un fantôme, passant de scène en scène sans jamais s’incarner en tant que personnage. La faute à un jeu d’acteur mou du genou, mais aussi à une écriture d’une platitude à faire pâlir les scénaristes du pire épisode de Plus belle la vie et d’une tension dramatique aussi molle qu’un spaghetti trop cuit. Tout est pauvre dans le film. L’enchainement des scènes est cousu de fil blanc, et les décors sont aussi insignifiants que ces natures mortes sans âmes sur lesquelles on ne jetterait même pas un coup d’œil.

 

            Le Capital est une œuvre à oublier dans la carrière bien fournie de Costa Gavras. Un film sans profondeur et sans imagination ne rendant pas honneur à un genre qui aurait pourtant bien besoin de tête d’affiche en ces temps de crise. A force de vouloir à tout prix taper partout de manière caricaturale, Costa Gavras en oublie une chose essentielle : le cinéma. 

 

 

Critique publiée sur le site sortiedusine.org : http://sortiedusine.eu/2012/11/18/le-capital-peine-capitale/

 

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Published by Clément Libiot
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