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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 00:02

http://imagescine.critictoo.com/wp-content/uploads/2013/01/zero-dark-thirty-2012-pic04.jpg

 

            La scène se situe à peu près à la moitié du film. Trois agents de la CIA discutent autour d’une table, tandis que, dans le fond de la pièce, une télévision retransmet un discours de Barack Obama s’indignant de la torture infligée aux prisonniers politiques par les américains. A elle seule, cette scène symbolise parfaitement ce vers quoi tend le cinéma de Kathryn Bigelow depuis K-19 : Le piège des profondeurs : prendre un épisode fondateur de l’histoire des Etats-Unis, et y filmer les hommes qui l’ont façonnée dans l’ombre.

 

            Après la guerre froide et l’Irak, c’est à la traque de Ben Laden que s’attaque Bigelow dans Zero Dark Thirty. L’histoire, tout le monde la connait. Le 11 septembre 2001, deux avions s’écrasent sur les tours du World Trade Center ; un mois plus tard, les Etats-Unis envahissent l’Afghanistan, et commence alors la chasse à l’homme la plus célèbre de l’histoire. Ce que l’on connait moins en revanche, ce sont les coulisses, pourquoi la CIA a-t-elle mis tant de temps à retrouver la trace de Ben Laden ? quelles pistes l'ont menée jusque dans une petite ville du Pakistan, Abbottābād, où se cachait le chef d’Al-Qaïda ? qui sont ces hommes et ces femmes, qui, pendant dix ans, étaient cachés derrière leur écran d’ordinateur ou sur le terrain à manipuler informations et prisonniers politiques ? Kathryn Bigelow tire de ces interrogations un film d’espionnage, d’avantage qu’un thriller politique, qui s’étire en longueur pour mieux cristalliser à l’écran le temps qui passe et les espoirs qui tombent.

 

            Le premier scénario imaginé par Mark Boal était censé raconter une traque qui n’aboutissait jamais. Mais la réalité rattrape parfois la fiction : au cours de l’écriture, Ben Laden est attrapé et tué par les américains. La fin étant ainsi modifiée, le film perd ce dans quoi il avait puisé son essence : l’autodestruction des Hommes face à l’immensité d’une tache qu’ils ne parviendront jamais à accomplir. Avec en modèle Zodiac, de David Fincher, véritable chef d’œuvre du genre.

 

            Du coup les enjeux changent de camp, pour basculer vers un film d’espionnage classique. Malheureusement la majeure partie du film patauge, entre un rythme haché, et une intrigue facile qui aurait gagné à être prise avec davantage de pincettes. A l’image de Jeremy Renner dans Démineurs, rentrant en Amérique auprès de sa femme et de son fils, et n’aspirant qu’à retourner en Irak, on sent la caméra de Bigelow mal à l’aise dans les bureaux administratifs. Comme si elle voulait retourner là où se situe sa vraie force : sur le terrain, proche de la testostérone et de la sueur des hommes (les meilleurs moments du film : les scènes de torture et d’extérieur, et l’assaut final, un modèle de tension). Trop de nœuds de cravate, et pas assez de gilets pare-balles.

 

 http://www.sortiedusine.org/2013/01/29/zero-dark-thirty-les-hommes-de-lombre/

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Published by Clément Libiot
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commentaires

johnblue 03/02/2013 23:27

Les scènes de torture sont le meilleur moment du film ? Je trouve ta critique bien consensuelle.

Timothy 03/02/2013 23:24

Mon cher, je me permets de critiquer votre critique en vous conseillant une autre critique
http://www.newyorker.com/online/blogs/newsdesk/2012/12/torture-in-kathryn-bigelows-zero-dark-thirty.html
Il me semble que votre critique passe à côté des enjeux principaux du film, qui sont, en fait, éthiques et politiques.
L'esthétique de Bigelow, bien sûr, est perfectionniste, et les scènes d'actions, ainsi que la ligne d'intrigue menée sont d'un rythme haletant. Mais fait-on toujours du cinéma dans le simple but de
divertir ?
Il ne le semble pas : n'y a t'il pas une certaine perversité à faire un film de "fiction" basé sur des faits réels (remaniés à l'occasion pour les besoin du scénario, quitte à faire de la torture
un moyen d'attraper ben la den, même si c'est historiquement faux.) ?

Il est difficile d'aimer ce film de Bigelow pour quiconque a une certaine idée du cinéma comme producteur de "visions du monde". La prétendue neutralité de la description de "faits réels" (based on
first hand accounts of actual events) est une façade, car le cinéma ne montre pas le visible, mais rend visible. Qu'avez vous à dire de ce que le film ne montre pas, et d'autre part, que pensez
vous du traitement de la torture dans ce film ? Mis à part la fausseté historique du film, est il réussi à vos yeux ?
Le cinéma a deux jambes : une est le divertissement, l'autre est l'esprit ; n'est ce pas là un film unijambiste ? Pourquoi ne pas avoir fait un documentaire ?