Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 14:08

       

       

        http://www.vodkaster.com/var/vodkaster/storage/images/media/images/generique-millenium/25203007-1-fre-FR/generique-millenium_scaledown_450.jpg

 

       Je pense que vous êtes arrivé à un stade de votre carrière où la question de votre place dans le cinéma se pose. Grand enfant du clip et de la télévision, vous avez su, dès vos premiers films, imposer cette nouvelle esthétique de l’image - qui prit véritablement son envol dans les années 2000. Je suis convaincu que vous resterez comme l’un des metteurs en scène qui fit basculer le cinéma dans une nouvelle génération, notamment grâce à Fight Club, film décrié à sa sortie, mais qui s’impose avec le temps comme une véritable pierre angulaire dans le cinéma américain. Vous vous êtes, certes, perdu une ou deux fois en cours de route (je pense à l’assez inutile The Game, et au frimeur Panic Room), mais vous avez toujours su retomber sur vos pattes. C’est Zodiacqui, il me semble, restera comme l’œuvre de votre maturité. Une façon de dire adieu à votre image de branleur surdoué, en livrant un film tout à fait étonnant, là où absolument personne ne vous attendait. C’est à partir de là que vous vous êtes réellement installé dans le paysage cinématographique comme un grand raconteur d’histoire et un faiseur d’image talentueux. Pour la première fois, les critiques autant que les spectateurs pouvaient dire qu’ils attendaient avec impatience (plus que par curiosité) le prochain film de David Fincher. Suivirent deux pépites, L’Etrange Histoire de Benjamin Button, votre grand film de conteur, et The Social Network, symbole d’un passage de relai des mains d’une génération à une autre, que l’on peut voir aujourd’hui comme le penchant adulte de Fight Club.

               

       Il est ainsi difficile, au regard de votre œuvre, de mettre en évidence une thématique précise. Vous paraissez en fait faire partie d’une nouvelle famille de cinéaste (mettons dans le panier Boyle, Aronofsky, Soderbergh et bien d’autres encore) dont l’esthétique semble être directement associée à une vision du monde. Et dont le metteur en scène prend une place majeure. On remarque au travers de vos films une volonté de placer l’homme face à la société, ou plutôt l’homme dans la société, et de poser la question de la liberté. Jusqu’où la société permet-elle à l’homme d’aller. Quelle est la part de maitrise de l’homme et quelle est sa part de soumission. C’est pourquoi vous vous rapprochez, il me semble, d’un cinéaste comme Kubrick, qui s’intéressait à l’avenir de l’homme face à la machine. Et il s’agit peut-être d’une façon pour vous, David Fincher, de vous mettre en scène, et de questionner le degré de maitrise de l’individu (le cinéaste) sur la machine (le cinéma).

               

       Mais j’avoue que vous m’avez surpris. Alors que je pensais vous avoir bien cerné, vous avez encore une fois voulu jouer les troubles fête en réadaptant (certains parleront de remake) le thriller à suspense de l’écrivain Stieg Larsson Millenium. Peut-être qu’au départ, c’est vrai, le sujet vous allait bien. Car avant d’être un polar, Millenium parle d’une rencontre, apparemment improbable, entre un journaliste d’un certain âge, et une jeune fille qui semble vivre totalement en marge de la société. Je comprends bien qu’il s’agit là pour vous d’une façon de parler d’une rencontre entre deux générations et d’interroger sur la norme, tout en revenant au thriller gothique qui vous avait si bien réussi avec Seven. Après un générique d’une violence et d’une fureur dévastatrice, je sentais que quelque chose clochait. Votre mise en scène était bien là: perfection du plan, maitrise totale du rythme, photographie splendide. Pourtant la mayonnaise ne semblait pas tourner comme il fallait, et votre film s’annonçait de plus en plus comme une fausse bonne idée. La faute, sans doute, à une intrigue que vous n’arrivez jamais à véritablement adapter à l’écran. L’enquête se joue sur des petits riens, des photographies, des informations perdues dans des archives, des noms imprononçables. Si bien que le spectateur ne se sent jamais véritablement concerné, et c’est avec une tristesse vraiment sincère que je constate votre incapacité à réellement s’affranchir de cette intrigue. Excepté à la toute fin où vous vous intéressez à ce qui aurait dû être le véritable sujet du film, c’est-à-dire la relation entre vos deux personnages – qui s’avèrent au final être très sous exploités.

               

       Malgré ce relatif faux pas, je ne désespère pas. Au contraire, je sens une véritable montée en puissance dans votre esthétique, film après film. Je possède une confiance, peut être aveugle, envers votre cinéma ; et j’avoue placer en vous l’espoir, sans doute totalement utopique, de voir naître un vrai chef d’œuvre qui marquerait, par son esthétique et son parti pris unique, un tournant dans l’histoire du cinéma.

               

       En vous souhaitant bonne continuation !

Partager cet article

Repost 0
Published by Clément Libiot
commenter cet article

commentaires