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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 11:44
Vincent Lindon devant le dernier Hou Hsiao-Hsien

Vincent Lindon devant le dernier Hou Hsiao-Hsien

Le cinéma, ça sert à quoi ? Reconnaissez que la question est bien trouvée. Originale, actuelle, et puis pas loin d'être subversive aussi. Bon, pour ne rien vous cacher, elle n'est pas de moi. Elle aurait pu, mais je suis né cent ans trop tard. Un type qui s'appellait Bazin y a même répondu. Il a dit : "Le cinéma est une porte ouverte sur une fenêtre". Un truc dans le genre. 

 

La Loi du Marché, c'est l'histoire de Thierry. Français, cinquante ans, marié, un gosse, chômeur. On ne sait pas s'il aime le foot par contre. Son histoire, c'est celle de vous, de moi. Non je plaisante, pas de moi. Je ne suis pas marié. 

 

Ce que je vais écrire maintenant est un peu compliqué, accrochez-vous. La Loi du Marché montre la vérité d'un personnage de cinéma. Qui n'existe pas. (Bah oui, c'est un personnage de cinéma, je vous préviens, je ne vais pas me répéter à chaque fois). Mais qui à la fois existe, parce qu'il n'est personne, mais aussi tout le monde. Tout dans le film, fait trop. Par exemple, le gosse est handicapé (sérieusement?). Un moment la banquière propose à Thierry de prendre une assurance décès pour mieux préparer l'avenir (humour noir, j'aime bien). Y'a un autre truc à la fin aussi, mais chut ! faut rien dire. Bref, tout ça pour dire que Stéphane Brizé (c'est le réalisateur) a retenu la grande leçon de Sir Alfred Hitchcock ! Dans son célèbre entretien avec Truffaut (merci wikipédia), il évoque la vraisemblance au cinéma, et la considère comme "inintéressante" et "une perte de temps". Rien que ça. Et bien dans le film de Brizé, rien n'est vraisemblable, mais tout est vrai (c'est là où je voulais en venir en fait). Malgré ce qu'on peut lire ça et là, ça n'a rien à voir avec du documentaire. 

 

(mais c'est mieux de me lire moi que ça et là)

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 02:12

 

http://www.freepresshouston.com/wp-content/uploads/2015/01/americansniper11.jpg

 

 

          On dit de lui qu’il est le dernier des géants. Ses films sont autant de gouttes de pluie qu’il faut pour voir naitre un arc-en-ciel. Et devant l’horizon embué, il apparait comme glissant sur du sable, fidèle à lui-même. Si le cinéma était une famille, il en serait le grand-père. Celui qui passe sa journée assis sur sa chaise à fumer la pipe, peu bavard mais toujours le mot juste, attendant son heure avec dignité. Lui, c’est Clint Eastwood, dernier rempart d’un âge révolu, celui du classicisme hollywoodien, des princesses à sauver, des bandits à abattre et des héros à applaudir. Jadis élève, il en est aujourd’hui le maitre. Ses mentors se nomment John Ford, Raoul Walsh, et surtout, l’immense Don Siegel qui lui offrit le rôle immortel de L’Inspecteur Harry. Et de cette nostalgie, Eastwood en fait une arme de guerre pour mieux regarder le monde d’aujourd’hui.

           

          Preuve en est, le sujet de son dernier film, American Sniper. Portrait d’une légende américaine de son temps, Chris Kyle, tireur d’élite ayant servi lors de la guerre en Irak, tiraillé entre le désir de défendre son pays et celui de construire une famille. Evidemment, les polémiques n’ont pas tardé à fleurir telles de mauvaises herbes, le film se voyant qualifié tour à tour de “propagande de guerre” ou de “film fasciste”. Se dévoile en vérité le rapport complexe qui se crée entre un film et son spectateur, qui cherchera ici à le politiser à tout prix en fonction de ses convictions personnelles. Le vrai sujet d’American Sniper est à chercher ailleurs. Le film se penche sur la question du héros américain d’aujourd’hui, en la personne de Kyle, et incarnée par un Bradley Cooper tout en muscle et en respiration. Et c’est là que réside la force du cinéma d’Eastwood, dans sa façon de dessiner des personnages en clair-obscur, à la manière des peintres classiques.

        

          Chris Kyle est un américain ordinaire. Originaire du Texas, il boit des bières le soir avec son frère, s’essaye au rodéo et se marre quand il surprend sa copine au pieu avec un autre type. Le routine quoi. Très tôt, son père lui enseigne la sainte trinité américaine : la Bible, la famille, et surtout, la mère-patrie. Le leitmotiv de Kyle : si l’on fait du mal aux miens, je cogne. Cette légitimité, dit Eastwood, c’est celle que se donnent les Etats-Unis quand on l’attaque. De là nait le ressentiment de tout un pays, face à une image que l’on qualifierait aujourd’hui de primitive : dans un amas de poussière, deux tours s’effondrent, et un couple regarde stupéfait l’image de télévision. Ce couple, c’est Chris Kyle, et sa femme. Elle, attend un enfant, lui, a déjà l’esprit tourné vers la vengeance. Il n’a pas de chapeau de cow-boy, mais c’est tout comme. Le film est l’histoire d’un aller-retour, et avance comme un élastique qui se tendrait au point de casser. Erigé en légende vivante par ses compatriotes, Kyle n’est au sein de ses proches que l’ombre de lui-même. A l’image de cette splendide scène, toute en silence et en souffle, où Kyle passe un moment avec son fils lorsqu'un ancien soldat l'interpelle. Le militaire se baisse, regarde le fils de Kyle et lui dit : « mon garçon, ton père est un héros. Un vrai. » Le garçon, des étoiles plein les yeux, lève la tête vers son père, qui lui sourit. Un père qui semble se dire « un héros, peut-être, mais suis-je un bon père ? ».

        

          En tout bon cow-boy qui se respecte, Chris Kyle a besoin d’un méchant à affronter. Il le trouve en la figure de Mustafa, tireur d’élite, comme lui. Seul, tapis dans l’ombre, il est à l’image du terroriste ou des groupes de guérillas : difficile à localiser, car n’appartenant pas à un régime étatique, il peut prendre, à la manière d’un caméléon, diverses apparences et être source de peur et de paranoïa. Le cinéma d’Eastwood est tel qu’il crée des schémas artificiels pour mieux les faire valoir comme symbole. C’est pourquoi le film ne se veut pas patriote, mais à l’inverse, cherche à dévoiler les mécanismes par lesquels les Etats-Unis créent leur propre mythologie. La caméra d’Eastwood n’avance pas drapeau à la main, mais au contraire, tourne autour. A la fin du film, le méchant est vaincu, et la mise en scène sur-interprète le duel à distance que se livrent les deux snipers, tel un western léonien. Kyle décroche alors le téléphone, et dit à sa femme qu’il est dorénavant près à rentrer à la maison. La séquence se termine par un long travelling à travers le sable dont la ville est recouverte, et s’arrête sur le fusil sniper, que Kyle a dû abandonner en s’enfuyant. Si le film n’est pas politique, au sens où il ne prend pas position, c’est qu’il montre que le destin d’un homme, aussi attaché soit-il à son pays, est avant tout lié à ses propres conflits intérieurs. Si Kyle était au départ parti dans l’espoir de défendre son pays, il en revient avec la satisfaction d’avoir vengé son frère. Peu importe que les américains aient gagné ou non la guerre, il s’agit pour lui d’un moyen de rentrer la tête haute, auprès des siens et de sa famille. Et l’on pourrait même suggérer que le message politique du film, s’il en existe un, réside là. La guerre, par-delà le bien et le mal, est avant tout une affaire d’hommes face à leur propre destin. Et Clint Eastwood continue d'emprunter toujours le même chemin, à la recherche de leur coeur. Décidément le dernier des géants.

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Published by Clément Libiot
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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 02:55

http://www.filmoria.co.uk/wp-content/uploads/2015/01/Inherent-Vice.jpg

 

 

         Nous sommes en 1973. Vêtu d’un chapeau de cow-boy et d’une chemise à col cassé, Robert Altman a le sourire de l’homme satisfait. Bière à la main et joint au bec, il vient tout juste d’achever le montage de son dernier film, Le Privé. Il ne le sait sans doute pas, mais il a entre les mains le plus beau film de l’Histoire du cinéma américain. Il ne le sait sans doute pas non plus, mais pas moins de quarante ans plus tard, un autre surdoué du septième art lui rendra hommage. Son nom? Paul Thomas Anderson.

 

         Autant le dire tout de suite: Inherent Vice est un film incompréhensible. L’histoire semble pourtant tout droit sortie d’un roman de gare. Un détective privé au nom de Larry “Doc” Sportello enquête sur la disparition de son ex-petit amie et du milliardaire Mickey Wolfmann qui se serait fait la malle avec elle. Le reste? Allez savoir. L’intrigue déroule à la manière d’un tableau impressionniste – on attrape tant bien que mal des bribes d’information, ça et là. Et puis au bout de trois quart d’heure, le verdict tombe: on n’y comprendra rien. Et puis tant pis après tout.

 

         Tant pis, ou plutôt tant mieux. Si Inherent Vice s’évertue à ce point à vouloir égarer son spectateur, c’est qu’il est hanté par l’oeuvre de Raymond Chandler, et le fantôme de son détective, Philip Marlow. Chez Chandler, le roman noir se veut moins une enquête policière que le révélateur d’un monde souillé et corrompu. Dans Le Grand Sommeil, l’adaptation d’Howard Hawks, le spectateur est largué du début à la fin – mais qu’importe. Ce qui ressort du film, c’est l’étrange impression de conspiration. Mais davantage que Le Grand Sommeil, Inherent Vice est surtout une relecture absolument fascinante du Privé, d’Altman. Doc Sportello, c’est un peu Philip Marlow qui troquerait son costard cravate et ses marlboro pour une chemise hawaienne et un kilo de cannabis.

 

         Car comme chez Altman, Paul Thomas Anderson place l’intrigue au second plan. Le film avance à tatons, à travers une épaisse nappe de brouillard ; celle des vapeurs de weed que Doc fume à longueur de scènes, et des brumes matinales qui envahissent le port de Los Angeles – comme lors de cette splendide scène où réapparait à travers les ombres de la nuit un personnage qu’on avait laissé pour mort. On y retrouve là une obsession de la littérature de Chandler, présente aussi bien dans Le Grand Sommeil que dans Le Privé. Le rapport à la réalité, et la frontière si floue entre la vie et la mort.

 

         A l’instar du Privé, et peut être même davantage, Inherent Vice est un film sur le romantisme. Derrière l’apparent humour baroque du film, se cache en creux le portrait d’une Amérique où meurent les utopies. Ce n’est pas pour rien si Anderson situe le film à une période charnière de l’Histoire des Etat-Unis. On y retrouve l’idéalisme et la candeur propres à la philosophie hippie. Ce que révèle Inherent Vice, c’est une façon de regarder le monde les yeux grands fermés. Doc poursuit le rêve de Marlow, comme Anderson celui d’Altman : continuer à faire vivre les fantômes d’hier pour mieux éclairer ceux de demain. Et Inherent Vice illumine Le Privé à l’aune de près de quarante années d’Histoire. Car si Altman filme Marlow en spartiate moderne pris dans une époque où les illusions s’accrochent aux murs de Los Angeles comme des papillons à une ampoule, la vision de PTA est plus pessimiste. Chez lui, le rêve est seul fruit de son époque, et les jours à venir sont aussi noirs qu'une nuit sans étoiles. On sort de son film comme d’un lendemain de cuite : l’esprit embrumé et l’envie de se rendomir. Et si la dernière scène apparait comme un rayon de soleil d’automne, elle sert à donner au film sa dimension tragique. Eux, ne s’attendent pas à voir leur monde s’effondrer, il continuera à vivre à travers leurs rêves et une fois les lumières de la salle rallumées. Mais le spectateur, lui, sait que le fondu qui clot cette histoire est davantage une mort qu’un rideau qui se baisse. Toute la tristesse du film réside là. Et à l’image de cette pellicule, si chère à Paul Thomas Anderson,  aux odeurs de goudron défraichi et lumineuse comme un soleil couchant, Inherent Vice est un film tout en clair-obscure. A la fois trop maitrisé et foutraque, trop long et pas assez, fascinant et déconcertant, Inherent Vice est avant tout un grand sommeil dont on ne voudrait jamais se réveiller.

 

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 14:50

http://www.lyon.fr/cs/Satellite?blobcol=urldata&blobkey=id&blobtable=MungoBlobs&blobwhere=5000015193447&ssbinary=true

 

 

          A peine le générique de fin a-t-il le temps de défiler sur l’écran que, déjà, les têtes se tournent en arrière, vers le fond de la salle. Dans l’ombre, on distingue non sans effort la silhouette d’un homme à l’allure svelte, coiffé d’un chapeau de cow-boy et dont les yeux se tiennent cachés derrière d’énormes lunettes noires. Mon voisin de gauche a à peine le temps de me souffler « je crois que c’est lui » qu’un tonnerre d’applaudissements retentit dans cette modeste salle de cinéma de quartier parisien (à peine cent places à tout casser). Les lumières s’allument, et l’homme s’avance d’un pas lent et douloureux vers l’écran de cinéma pour se placer face aux spectateurs. Comme en réponse aux nombreux flashs d’appareils photos qui scintillent dans sa direction, il salue la foule d’une main timide. L’homme qui semble être ici l’objet de toutes les attentions, c’est Michael Cimino. Et son film, La Porte du Paradis, que nous venons de voir, ressort en salle dans sa version d’origine et remasterisée.

 

          A présent, petit retour en arrière, jusqu’au début des années 70. Etats-Unis. Los Angeles. Un vent de fraicheur fait son apparition après un été caniculaire. Les filles se baladent dans la rue en maillot de bain, et une bande de jeune se font tourner un joint dans un parc. Les gens ont l’air heureux. Et ils ont bien raison. La contre-culture est en plein essor, et commence tout juste à atteindre Hollywood et ses studios de cinéma. Une nouvelle génération de metteurs en scène s’apprête à mettre toute la profession à genoux. Leurs noms : Coppola, Lucas, Spielberg, Scorsese, De Palma. Leurs films vont dépeindre une Amérique jusque-là inconnue des cinéphiles. Moins glorieuse. Moins innocente aussi. Plus à même de répondre à l’attente d’une époque. Où les modèles et les figures changent de camp, symptôme d’un pays qui a dû mal à continuer à se faire aimer. Durant cette période, Cimino réalisera deux films : Le Canardeur, l’histoire de deux hors la loi des temps modernes interprétés par Clint Eastwood et Jeff Bridges, et surtout Voyage au bout de l’Enfer, sur la guerre du Viêtnam. Deux facettes d’une même pièce, celle d’une Amérique qui tourne le dos à ses traditions.

 

          Mais toutes les belles choses ont une fin. Côté politique d’abord, Ronald Reagan arrive au pouvoir et relance la machine : « America is back ». Traduction : les faibles vont morfler. La décennie marque un retour sur le devant de la scène des valeurs traditionnelles et conservatrices. Côté cinéma ensuite, Michael Cimino réalise son troisième long-métrage, La Porte du Paradis, film fleuve de 3h36 sur le massacre par les grands propriétaires des travailleurs émigrés dans l’état du Wisconsin en 1870. Le budget est colossal, mais le public et la critique ne sont pas au rendez-vous – malgré une version raccourcie à un peu plus de 2 heures. Résultat, le studio mythique United Artists, (créé par Chaplin et Griffith, s’il vous plait) producteur du film, fera faillite quelques années plus tard. Rétrospectivement, La Porte du Paradis marque la fin d’une époque, celle du Nouvel Hollywood et des films indépendants. Les années 80 symboliseront le retour en force des studios, et des films visant à redorer le blason de l’Amérique. D’un côté Reagan, de l’autre Stallone, Schwarzenegger et Willis. Les filles peuvent se rhabiller.

 

 

http://www.citizenpoulpe.com/wp-content/uploads/2007/12/huppert-kristofferson.jpg

 

 

 

          Film maudit donc. Mais qui dit film maudit, dit forcément film culte. Cimino aux commentaires : « Imaginez que vous vous mariez avec la plus belle femme du monde. Puis qu’on vous la prend, avant de vous la rendre trente ans plus tard, aussi belle qu’avant ». Le moins que l’on puisse dire c’est que le type a l’air content. Et on le comprend. La Porte du Paradis est une merveille, entre grande fresque intimiste et western épique, qui brasse, à l’image des grands films américains, de l’imaginaire et du réel pour mieux faire ressortir l’ambiguïté d’un pays et ses contradictions entre ses valeurs morales et ce sur quoi  il s'est construit. Mieux : il brise les codes du western en filmant la face cachée de la colonisation. Quand on lui demande ses influences, Cimino cite John Ford, bien entendu, mais aussi Akira Kurosawa, cinéaste humaniste par excellence. Il le dit lui-même : « Ce qui m’intéresse le plus, ce sont les gens, leurs histoires », avant de parler du génocide indien dont les Etats-Unis selon lui ne se sont jamais réellement excusés. Il évoque même la situation au Moyen-Orient: « Il y a des enfants qui meurent dans les rues à cause d’hommes qui ne sont d’accord sur les frontières de leurs pays ». Au-delà de cette brillante analyse géopolitique, les propos du metteur en scène renvoient directement à son cinéma, et ce qu’il filme. A savoir, les laissés pour compte. Les oubliés de l’Histoire. Ces hommes et ces femmes victimes de la politique, américaine évidemment, et leurs destins. Les bandits crypto-homosexuels du Canardeur, les soldats de Voyage aux bouts de l’enfer, les travailleurs de La Porte du Paradis, les émigrés chinois et les flics de L’Année du Dragon. Tous ont en commun le fait d’avoir marqué une page de l’Histoire américaine ; une Histoire qui a choisi de continuer sans eux. Mais Michael Cimino est là pour le rappeler.

 

 

http://tcmcinema.fr/wp-content/uploads/2011/11/Lann%C3%A9e-du-dragon.jpg

 

          Pour les plus endurants, la filmothèque proposait d’enchainer les 3h36 de La Porte du Paradis avec les 2h10 de L’Année du Dragon. Avec en prime la séance présentée par Cimino. Consciencieux (et surtout dépourvu de vie sociale), je décide de rester. Dans le film, Mickey Rourke (qui signe sans doute son plus grand rôle) incarne un capitaine de police new-yorkais, Stanley White, bien décidé à jouer les trouble-fêtes au sein de la mafia chinoise de Chinatown. Co-écrit par Oliver Stone, L’Année du Dragon est une plongée à vif dans l’enfer du crime et de la corruption, qui mêle réalisme déchainé dans la représentation de la violence et lyrisme des bas-fonds. Un film noir âpre, que Cimino met en scène à la manière d’un western, à la recherche de grands espaces et d’échanges de regards, si bien qu’il semble parfois atteindre cette démesure propre aux grandes fresques du genre. Et comme à son habitude, Cimino s’intéresse à la rencontre de deux mondes : celui d’en bas, et celui d’en haut, symbolisé par l’appartement luxueux de la journaliste Joey Tai, situé au dernière étage d’un immeuble et qui semble dominer toute la ville. Deux mondes que tout oppose, mais dont l’un ne peut vivre sans l’autre. Et avec L’Année du Dragon, Michael Cimino réalise peut être son œuvre la plus optimiste. A la fin du film, quand le capitaine White tient Joey Tai dans ses bras, celui-ci est censé lui murmurer : « quand on fait la guerre trop longtemps, on finit par tomber amoureux de son ennemi ». Une phrase que les studios ont coupée au montage final, et qui n’apparait sur aucune version du film. Mais Michael Cimino est là pour le rappeler. Encore une fois. 

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 19:27

http://www.checkthefilm.com/wp-content/uploads/2013/01/happiness-therapy-cooper-lawrence.jpg

 

            Lui, c’est Pat. Après avoir failli tuer l’amant de sa femme, il se voit dans l’obligation de devoir quitter son appartement et son travail (et aussi sa femme d’ailleurs) pour découvrir les joies de l’hôpital psychiatrique. Avant d’en sortir huit mois plus tard afin de démarrer une thérapie qui va l’aider à contrôler ses sautes d’humeurs. Elle, c’est Tyffany. Son mari vient de mourir, et pour noyer son chagrin elle couche avec l’intégralité de ses collègues de bureau. Avant de se faire licencier. Lui a besoin d’elle pour reconquérir sa femme, elle a  besoin de lui pour participer à un concours de danse. En gros, Happiness Therapy c’est ça : l’histoire de deux paumés qui vont se rencontrer, qui vont s’aider et qui vont s’aimer. Pop-corn, générique, applaudissements.

 

            Si elle n’était pas réalisée par David O. Russel, l’auteur du très corrosif Les Rois du désert, cette comédie sentirait la guimauve à dix kilomètres. Oui mais voilà. Le metteur en scène américain sait y faire pour prendre un sujet à contre-pied. Happiness Therapy, à l’image de son héros, est un film à tendance bipolaire. Se joue d’un côté le drame, les choses sérieuses, la dépression. De l’autre, une comédie  originale, à la fois colorée et mordante, servie par des secondes rôles formidables (Robert De Niro et Chris Tucker en haut du podium). Oui mais voilà. Le film est sans cesse dans cet entre-deux. Jamais vraiment dans l’éclat de rire. Jamais vraiment dans les larmes. Pas assez de trop et trop de pas assez. Si les partis-pris, autant de la mise en scène que du traitement des personnages et des dialogues, amènent un regard nouveau et caustique sur un sujet rebattu cents fois, la structure globale du film, elle, n’apporte rien de neuf. Dommage, car le film est plutôt bon, drôle, très bien interprété aussi par Bradley Cooper et Jennifer Lawrence, mais on reste sur sa faim. Surtout venant d’un cinéaste souvent présenté comme singulier dans un Hollywood qui manque de fauteur de trouble. Et ouais ! Faut pas déconner avec le rêve américain.

 

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 00:02

http://imagescine.critictoo.com/wp-content/uploads/2013/01/zero-dark-thirty-2012-pic04.jpg

 

            La scène se situe à peu près à la moitié du film. Trois agents de la CIA discutent autour d’une table, tandis que, dans le fond de la pièce, une télévision retransmet un discours de Barack Obama s’indignant de la torture infligée aux prisonniers politiques par les américains. A elle seule, cette scène symbolise parfaitement ce vers quoi tend le cinéma de Kathryn Bigelow depuis K-19 : Le piège des profondeurs : prendre un épisode fondateur de l’histoire des Etats-Unis, et y filmer les hommes qui l’ont façonnée dans l’ombre.

 

            Après la guerre froide et l’Irak, c’est à la traque de Ben Laden que s’attaque Bigelow dans Zero Dark Thirty. L’histoire, tout le monde la connait. Le 11 septembre 2001, deux avions s’écrasent sur les tours du World Trade Center ; un mois plus tard, les Etats-Unis envahissent l’Afghanistan, et commence alors la chasse à l’homme la plus célèbre de l’histoire. Ce que l’on connait moins en revanche, ce sont les coulisses, pourquoi la CIA a-t-elle mis tant de temps à retrouver la trace de Ben Laden ? quelles pistes l'ont menée jusque dans une petite ville du Pakistan, Abbottābād, où se cachait le chef d’Al-Qaïda ? qui sont ces hommes et ces femmes, qui, pendant dix ans, étaient cachés derrière leur écran d’ordinateur ou sur le terrain à manipuler informations et prisonniers politiques ? Kathryn Bigelow tire de ces interrogations un film d’espionnage, d’avantage qu’un thriller politique, qui s’étire en longueur pour mieux cristalliser à l’écran le temps qui passe et les espoirs qui tombent.

 

            Le premier scénario imaginé par Mark Boal était censé raconter une traque qui n’aboutissait jamais. Mais la réalité rattrape parfois la fiction : au cours de l’écriture, Ben Laden est attrapé et tué par les américains. La fin étant ainsi modifiée, le film perd ce dans quoi il avait puisé son essence : l’autodestruction des Hommes face à l’immensité d’une tache qu’ils ne parviendront jamais à accomplir. Avec en modèle Zodiac, de David Fincher, véritable chef d’œuvre du genre.

 

            Du coup les enjeux changent de camp, pour basculer vers un film d’espionnage classique. Malheureusement la majeure partie du film patauge, entre un rythme haché, et une intrigue facile qui aurait gagné à être prise avec davantage de pincettes. A l’image de Jeremy Renner dans Démineurs, rentrant en Amérique auprès de sa femme et de son fils, et n’aspirant qu’à retourner en Irak, on sent la caméra de Bigelow mal à l’aise dans les bureaux administratifs. Comme si elle voulait retourner là où se situe sa vraie force : sur le terrain, proche de la testostérone et de la sueur des hommes (les meilleurs moments du film : les scènes de torture et d’extérieur, et l’assaut final, un modèle de tension). Trop de nœuds de cravate, et pas assez de gilets pare-balles.

 

 http://www.sortiedusine.org/2013/01/29/zero-dark-thirty-les-hommes-de-lombre/

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 12:32

10 Margin Call, J.C. Chandor

 http://www.leblogducinema.com/wp-content/uploads//2012/10/Margin-Call-2-LBDC.jpg

La petite merveille que l’on attendait sur la crise financière de 2008. Quelque part entre le tragédie grecque et le film noir, cette plongée dans les méandres de la morale humaine et de la cupidité des traders est un régal d’écriture et de mise en scène.

 

9 Paperboy, Lee Daniels

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/news-cinema/the-paperboy-hue-a-cannes-le-festival-tient-enfin-son-scandale-3373958/60603994-1-fre-FR/The-Paperboy-hue-a-Cannes-le-festival-tient-enfin-son-scandale_portrait_w532.jpg

Sulfureux, érotique, kitch, après le déjà splendide Precious, Lee Daniels signe une nouvelle fois un film d’une force plastique impressionnante. A travers un scénario aux teintes de série b, le réalisateur américain s’intéresse à faire, défaire et refaire le corps de ses vedettes Zac Effron, Matthew McConaughey et Nicole Kidman, tous formidables ici en manipulés et manipulateurs de charme.

 

8 Dark Horse, Todd Solondz

http://graphics8.nytimes.com/images/2012/06/08/arts/08DARK_SPAN/08DARK_SPAN-articleLarge.jpg

Le retour de Todd Solondz a lieu, et s’avère payant. Après quelques films ratés, trop bavards et nombrilistes, celui que l’on considère comme l’un des pionniers du virage indépendant américain des nineties signe une œuvre réjouissante et hors du temps dans un registre nouveau pour lui : l’émotion.

 

7 Holy Motors, Leos Carax

http://www.agendamagazine.be/sites/default/files/0_holy_motors.jpeg

Fresque à la fois intimiste et ambitieuse, Holy Motors est un hommage vibrant au travail de l’acteur, et aussi un peu au cinéma. Denis Lavant réalise une performance inoubliable en métamorphosant son corps au gré des caprices de son réalisateur. Un film qui pourrait bien devenir culte dans quelques années.

 

6 Skyfall, Sam Mendes

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Dans la lignée du génial Casino Royal, cette nouvelle aventure bondienne s’inscrit dans la volonté de la saga de rentre l’espion plus humain, et plus proche de son spectateur. Dans Skyfall, on retrouve un James Bond un peu au bout du rouleau, Sam Mendes filme de façon admirable sa sortie des enfers.

 

5 Amour, Michael Haneke

http://www.lesinrocks.com/wp-content/thumbnails/uploads/2012/10/amour6041-604x400.jpg

Dans un registre qu’on ne lui connaissait pas encore, Haneke signe une nouvelle fois une œuvre aux aspects de classique instantané. Tout en racontant l’histoire d’un couple aux portes de la mort (Trintignant et Riva, exceptionnels), le réalisateur autrichien s’interroge, comme à son habitude, sur la distance que doit prendre la mise en scène sur son sujet et sur l’image et son interaction avec le spectateur. Palme d’or au festival de cannes.  

 

4 De rouille et d’os, Jacques Audiard

http://static.lexpress.fr/medias/1824/934164_de-rouille-et-d-os.jpg http://medias.unifrance.org/medias/51/40/75827/format_page/de-rouille-et-d-os.jpg

A l’image de nombreux cinéastes cette année, Audiard livre un film au registre différent du reste de sa filmographie. De rouille et d’os est un mélo, teinté çà et là de fantastique. Une confrontation des corps et des images qui cristallise une histoire de passion entre deux personnages qui cherchent à se reconstruire en s’attirant et se repoussant. Un des plus beaux films du cinéaste.

 

3 Les bêtes du sud sauvage, Benh Zeitlin

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/news-cinema/review-les-betes-du-sud-sauvage-miraculeux-melange-de-sf-post-apo-et-de-conte-folk-3367556/60490616-1-fre-FR/REVIEW-Les-Betes-du-sud-sauvage-miraculeux-melange-de-SF-post-apo-et-de-conte-folk_portrait_w532.jpg

Premier film, et déjà, on sent chez Benh Zeitlin une maturité hors du commun. Sorte de fable post-apocalyptique, Les bêtes du sud sauvage raconte surtout l’enfance, et propose une vision du monde aux accents malickiens. Un bijou.

 

2 La Taupe, Thomas Alfredson

http://www.crdp-strasbourg.fr/main2/albums/waldtiere/img_hr/image25.jpg

La Taupe détient une des trois ou quatre plus belles mises en scène de l’histoire du cinéma.

 

1 Killer Joe, William Friedkin

http://odysseeducinema.fr/galerie/Killer%20Joe/Killer-Joe8.jpg

Qu’un type de soixante-dix-sept ans soit capable de réaliser un film aussi sulfureux, aussi irrévérencieux, aussi impoli, je dis bravo. Un cauchemar éveillé qui retravaille le mythe américain à la fois dans ce qu’il a de plus réjouissant, et de plus débectant. Un film entre le soleil et la nuit, où les fantômes se réveillent le jour pour mieux passer inaperçu. Matthew McConaughey est étincelant.

 

 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 23:53

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                Un premier film, c’est un peu comme un nouveau-né. On le regarde d’un œil curieux, attentif, pour voir la couleur de la peau, des yeux, des cheveux, on le soupèse, d’une main, en se demandant ce qu’il deviendra plus tard, s’il préférera le chocolat à la fraise, les filles aux garçons, ou le travelling au zoom. Au fond, il est même plus facile de juger un premier film après avoir vu les suivants, et comprendre ainsi la façon dont le réalisateur a su faire murir son style au cours de son éducation. On entend même souvent dire qu’il faut être bienveillant  avec les premiers films, que les défauts sont encore des erreurs de jeunesse et que la pluie laissera place au beau temps. Certes. Choyons nos petits enfants de peur qu’ils finissent à la rue. Ainsi, l’on préféra dire « bon premier film » que « bon film ». C’est l’intention qui compte. Et puis, parfois, il arrive aussi qu’un premier film possède une telle force, et une telle singularité dans le style qu’on en oublie sa fragilité de nouveau-né. Les bêtes du sud sauvage, caméra d’or à Cannes, et grand prix à Deauville, fait partie de ces raretés-là.

 

            Dès les premiers plans du film, un nom vient tout de suite à l’esprit : Malick. Sans toutefois remettre en cause le talent immense de Benh Zeitlin, l'influence du cinéaste est ici évidente, et même d’avantage, elle saute aux yeux. Déjà, le film se passe dans un milieu naturel, cher à Malick, et raconte la vie d’une communauté vivant dans le bayou, une étendue d’eau proche du Mississipi, qui va devoir faire face aux caprices de la nature, de la maladie, et des hommes. Plus exactement, le film se concentre sur la relation qu’entretiennent Hushpuppy, une fille de six ans, et son père, mourant. Comme chez Malick, une voix off d’enfant traverse le film, où émanent à la fois poésie et réflexion métaphysique, sur l’unité, et le rapport à la grandeur. La caméra se porte à l’épaule, et filme avec grâce et élégance ces Hommes s’aimer et se déchirer, avec en creux les liens qu’entretiennent leurs actes avec la nature.  

 

            La force de cette histoire tient peut-être de la naïveté de son traitement, qui, chez la plupart des cinéastes, aurait tourné à la mièvrerie. Mais pas chez Benh Zeitlin. Pourquoi ? Parce que le cinéaste est toujours à bonne distance de son sujet, et possède l’intelligence de rester, coûte que coûte, malgré les vents et les marées, derrière cette enfant, Hushpuppy et de garder son point de vue sur le monde. Et à la caméra de mettre en image et en mouvement le prisme de ce regard, déchiré entre la grandeur de la nature, la perte de l’innocence et la maladie de son père. Très peu de plan en plongée dans le film ; la mise en scène épouse la prunelle de l’enfant en créant un espace qui va du bas vers le haut. Le film est moins une quête initiatique qu’un véritable portrait. Et en cela, Benh Zeitlin peut se détacher de toute contrainte scénaristique qui l’obligerait à rester ancrer dans une narration classique. Au final, Les bêtes du sud sauvage est comme un grand élan, qui marche droit et le regard aux aguets, cherchant la poésie partout où il peut la trouver, parfois à bout de force, jusqu’à l’épuisement ; nous sommes constamment éblouis par cette audace à la fois formelle et narrative.

 

            Mais tant d’éloge ne trahissent elles pas aussi une certaine indulgence donnée à un film qui semble sur le point de s’écrouler à chaque seconde à force de laisser de l’énergie derrière lui? Peut-être. Car derrière cette grâce, se cache aussi une fragilité propre aux nouveaux nés. Il faudra bien faire attention à protéger ce joyaux, sous risque de lui lâcher les mains en pensant qu’il sait marcher. La chute n’est jamais loin, mais d’expérience, il est rare qu’un grand premier film n’ait pas donné de suite toute aussi satisfaisante. On croise les doigts bien forts.

 

 

http://www.sortiedusine.org/2012/12/19/les-betes-du-sud-sauvage-acte-de-naissance/

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 13:48

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            Disparition du soleil à 17h, guirlandes de noël accrochées fièrement aux balcons, moufles et écharpes en cachemire de sorties, le PSG qui ne gagne plus. Les signes ne trompent pas : l’hiver arrive. Doucement mais surement. Difficile désormais de faire sortir le peuple de sa tanière pour l’emmener se réchauffer dans les salles obscures. Finis donc les films roumains de trois heures et demi et autres gaités cannoises, les distributeurs misent désormais sur la soupe chaude et le sourire aux lèvres. Cette semaine, deux films semblent vouloir remplir le contrat : Populaire, premier film de Régis Roinsard avec Romain Duris en attiseur de foule, et Tango Libre, du belge Frédéric Fonteyne, et ses trois salles et demi. Pas forcément  les mêmes objectifs au box-office non plus.

 

            Grosse machine à sous qui ratisse large, Populaire est un film qui porte bien son nom. Le pari ? Miser sur une bonne direction artistique et une histoire originale. Jusque-là tout va bien. Nous sommes dans les années 60, et une jeune secrétaire (Deborah François), aidée par son patron (Romain Duris) se lance dans un concours de dactylographie. On se retrouve plus ou moins avec un Rocky Balboa en mini-jupe, les gangs de boxe remplacés par une machine à écrire. Moins spectaculaire, certes, mais plus sexy. Dommage que Populaire abandonne rapidement ses élans érotiques pour se concentrer sur une histoire vue et revue. Madame est amoureuse de Monsieur, mais Monsieur est amoureux d’une autre Madame, donc Madame va tout faire pour gagner le concours et conquérir le Monsieur. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Aucune prise de risque dans ce scénario très faiblard, qui habille du mieux qu’il peu son film tel l’arbre qui cache la forêt. Et ce n’est pas un sapin de Noël.

 

 

 http://www.fiff.be/var/fr/storage/images/media/images/tango-libre/336497-1-fre-FR/Tango-libre_reference.jpg

 

 

            La prise de risque, puisqu’on en parle, il faut traverser la frontière pour la trouver, avec Tango Libre. L’histoire vaut le détour : un gardien de prison (François Damiens) rencontre une femme (Anne Paulicevich) dont il s’éprend. Le hic ? Celle-ci sort plus ou moins avec deux détenus (Sergi Lopez et Jan Hammenecker) enfermés dans la prison où il travaille. Elle a même un gosse avec l’un deux (à vous de deviner lequel). Les comédiens sont tous formidables, et François Damiens prouve au passage sa capacité à incarner à peu près tous les registres possibles sur terre (Gad, prends en de la graine). Tango Libre se déroule en Belgique. Il fait moche. A l’écran, ça se sent un peu. Pas d’image édulcorée, ou de plans suaves. La photographie est sirupeuse, la caméra branlante, qui colle à la peau. De vrais choix de mise en scène sont faits. Le film danse, valse, prends le temps de cerner ses personnages, et, surtout, ne tombe jamais dans le piège de la psychologisation à outrance. Fonteyne invite le spectateur à construire son film avec lui, en brouillant les pistes, et multipliant les rapports ambigus qu’entretiennent les protagonistes entre eux. A l’inverse de Populaire, Tango Libre est constamment dans la surprise, dans la déroute, et ce sans jamais prendre la mauvaise direction. Alors tout ne marche pas, d’accord, quelques fausses notes s’installent par-ci par-là. Mais voilà un réalisateur qui a le mérite d’essayer des choses, et de parvenir à inculquer à son film une vraie identité. Un bon sirop contre la toux en ce froid hivernal. 

 

 

Critique publiée sur le site sortiedusine.org : http://www.sortiedusine.org/2012/12/04/populaire-et-tango-libre-le-gout-du-risque/

 

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 14:28

http://www.francetv.fr/culturebox/sites/culturebox/files/styles/image_article/public/images/photos/2012/11/capital_1.jpg

 

 

            Nous sommes en 1987 et Oliver Stone est soucieux. Le système financier américain prend de plus en plus d’ampleur, et la bourse et ses actionnaires ramassent des sommes folles. Doté d’un regard acéré et avisé sur le monde, et aussi d’un certain sens de la réactivité, le cinéaste décide de réaliser un film sur un jeune trader qui gravit pas à pas les marches de l’escalier de la gloire. Avec Wall Street, un genre nouveau voit le jour. Ou plutôt un sous-genre. Qui prend sa source dans le film noir, et ses personnages marginaux, habités par le vice, avides d’argent et de pouvoir. Comme un thermomètre chargé de prendre la température morale d’une société. Ajoutez-y les figures mythologiques du film de gangster (les mitraillettes sont remplacées par les bilans comptables), et le charabia en forme de papier cadeau tout droit tiré du film d’espionnage. Un pied chez Scorsese, l’autre chez le Carré, le film « boursier » est né.

 

            Le Capital raconte l’histoire d’un jeune économiste ambitieux, qui se retrouve presque par hasard à la tête d’une grande banque internationale. De son nouveau poste de président va naitre la tentation de l’argent facile, du pouvoir, et des femmes.

 

            Costa-Gavras est un cinéaste engagé. Proche du peuple, du monde d’en bas, de l’homme face au système. De l’homme face au grain de sable qui fait dérailler la machine. Ses films convoquent Kafka, et questionnent la liberté d’agir dans une société qui désire tout contrôler. Dit comme ça, on ne s’étonnera guère de voir le metteur en scène plonger tête la première dans cette histoire de banquiers mafieux, de fonds spéculatifs et de plan social. D’ordinaire, Costa-Gavras est lucide, la tête bien froide sur les épaules, mêlant et démêlant avec intelligence le cynisme et l’absurde. D’ordinaire… Car, n’y allons pas par quatre chemins de peur de se perdre en cours de route : Le Capital est un ratage total. Façon triple Z. Un film de novice, de dernier de la classe. A peine croyable quand on connait le talent immense de Costa-Gavras. On a beau lire et relire le nom sur l’affiche, il s’agit bien du réalisateur de L’aveu et du Couperet. Mais que s’est-il donc passé ?

 

            D’abord, Gavras se situe plus haut que d’habitude, au cœur même du système. Plus habitué à filmer les conséquences que les causes, le metteur en scène fait ici l’inverse et en est réduit à réaliser un vulgaire pamphlet sur les méfaits du capitalisme absolument sans saveur, sans idée. Costa-Gavras ne se joue jamais des archétypes ; pire, il les ramasse à la pelleteuse, là où il les trouve, et les balance, çà et là, n’importe où, n’importe comment, et de façon totalement arbitraire, sans une once de réflexion. Tout sonne faux. Invraisemblable. Gad Elmaleh ressemble à un fantôme, passant de scène en scène sans jamais s’incarner en tant que personnage. La faute à un jeu d’acteur mou du genou, mais aussi à une écriture d’une platitude à faire pâlir les scénaristes du pire épisode de Plus belle la vie et d’une tension dramatique aussi molle qu’un spaghetti trop cuit. Tout est pauvre dans le film. L’enchainement des scènes est cousu de fil blanc, et les décors sont aussi insignifiants que ces natures mortes sans âmes sur lesquelles on ne jetterait même pas un coup d’œil.

 

            Le Capital est une œuvre à oublier dans la carrière bien fournie de Costa Gavras. Un film sans profondeur et sans imagination ne rendant pas honneur à un genre qui aurait pourtant bien besoin de tête d’affiche en ces temps de crise. A force de vouloir à tout prix taper partout de manière caricaturale, Costa Gavras en oublie une chose essentielle : le cinéma. 

 

 

Critique publiée sur le site sortiedusine.org : http://sortiedusine.eu/2012/11/18/le-capital-peine-capitale/

 

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